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Les Centres d’éducation coraniques améliorés constituent-ils une alternative porteuse pour les déscolarisés et les non scolarisés de la bande Sahélo-saharienne ?

Dans la dynamique mondiale visant à réaliser l’Éducation pour Tous (EPT) et à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), de nombreux pays africains ont considérablement progressé au cours des dix dernières années en termes d’accès à l’éducation de base et d’équité. Pourtant, un nombre significatif d’enfants inscrits à l’école primaire soit redouble, soit décroche et ne complète donc jamais le cycle d’éducation du niveau primaire. A ce nombre s’ajoute près de 30 millions d’enfants d’âge scolaire en Afrique subsaharienne qui n’ont jamais eu l’opportunité d’être inscrit dans une quelconque école d’enseignement. Face à cette situation, les pays subsahariens sont à la recherche d’alternatives en vue d’éduquer les enfants qui n’ont pas intégré les systèmes éducatifs formels ou les ont abandonnés trop tôt.

Le présent article analyse les centres non formels d’éducation coranique qui tentent de combler le fossé de la scolarisation dans la bande sahélienne. L’auteur étudie les défis que cette forme d’éducation rencontre et les moyens de les relever efficacement. Il sonde la possibilité d’utiliser les écoles coraniques pour desservir les laissés-pour-compte de l’enseignement formel. À partir d’études, de données compilées par les systèmes éducatifs et d’une enquête menée par le Groupe de Travail sur l’Éducation Non Formelle de l’ADEA (GTENF/ ADEA) dans 4 pays de la zone (Burkina, Mali, Mauritanie, Sénégal) l’auteur parvient à la conclusion qu’une approche holistique, impliquant une coopération et un soutien entre les deux systèmes (coranique et formel), pourrait contribuer à résoudre la question ardue des abandons scolaires et à réduire le nombre d’enfants non scolarisés. On pourrait ainsi créer une opportunité éducative de la seconde chance pour les enfants déscolarisés et non scolarisés dans la bande sahélo-saharienne.

Néanmoins, l’étude montre que de sérieux défis doivent être relevés au préalable, avant qu’une telle option puisse devenir une alternative viable. Il faudrait en particulier que : (1) le curriculum des centre coraniques soit fondamentalement revu ; (2) les maitres de ces centres soient mieux formés et rémunérés et motivés ; (3) la recherche scientifique s’y intéresse d’avantage afin de combler les gaps en information sur le sujet ; (4) la motivation des apprenants de ces centres soit réellement boostée ; (5) les parents soient mieux motivés à contribuer à la vie de ces écoles au lieu de laisser les enfants entièrement entre les mains de maitres parfois cupides ; (6) les préjugés culturels et politiques contre cette forme d’éducation soient combattus ; (7) les langues maternelles soient valorisées et utilisées ; (8) l’employabilité des sortants de ces centres soit améliorée ; (9) que le défi omniprésent de la pauvreté soit relevé ; (10) le partenariat et le principe d’apprendre à partir de bonnes pratiques d’ailleurs soit renforcé ; et (11) la question du financement soit effectivement résolue.

À travers son Groupe de travail sur l’éducation non formelle (GTENF), l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) prévoit d’explorer ces questions et d’approfondir le concept d’approche holistique associant éducation formelle « moderne » et éducation coranique informelle
« traditionnelle ». Ainsi pourrait-on proposer des recommandations tangibles aux pays et aux systèmes éducatifs des pays de la bande sahélo- saharienne confrontés au triple problème de la déscolarisation, de la non scolarisation et de la montée de l’insécurité due en partie à la faible intégration d’un groupe trop important d’enfants et de jeunes dans les systèmes éducatifs nationaux

2 mars 2016